Une contrée bénie des dieux
Thermalisme, viticulture et gastronomie: le Markgräflerland s’est taillé une solide réputation auprès des hédonistes. Et ce sont les femmes qui y donnent le ton.
Sous un soleil de mai déjà chaud, l’eau thermale riche en sels minéraux, jaillissant à une température de 38°, caresse les corps fatigués par des heures de position assise devant l’ordinateur: un véritable baume pour les muscles, les tendons et les articulations. Le bassin extérieur des bains thermaux de Bad Bellingen est doté d’un parcours à courant activé et de lits aquatiques bouillonnants. «S’offrir 45 minutes dans la grotte au sel de la mer Morte est aussi bienfaisant qu’un court séjour balnéaire», explique la jeune et pétillante directrice de l’établissement, Rebecca Paul. Une perspective alléchante. Dans l’espace cinq étoiles, on peut en outre suivre des cures thermales médicalisées.
Le village aux romantiques maisons à colombages tire son opulence des 200 000 curistes qui s’y rendent chaque année. Son maire, Christoph Hoffmann, souligne aussi les vertus gastronomiques du lieu. Citons notamment le «Berghofstüble» de Ramon Basler, restaurant récompensé par un Bib Gourmand du Guide Michelin, aux côtés d’autres restaurants et hôtels mentionnés dans l’atlas du bien-manger. Quant au «Landhaus Ettenbühl», chambre d’hôtes très classe, il fera la joie des amateurs de beaux jardins semés de rosiers et d’allées pleines de charme.
La qualité avant tout
Le Markgräflerland tient son nom du margrave de Baden. Selon les responsables touristiques, la région ainsi nommée commence à Lörrach, à la frontière bâloise, et s’étire vers le nord jusqu’à Fribourg-en-Brisgau. A l’ouest, elle est confinée par le cours du Rhin, à l’est, par les crêtes de la Forêt-Noire. Elle jouit, à ce qu’on dit, du climat le plus doux du pays, ce qui lui vaut le surnom de «Toscane de l’Allemagne». Le sol se prête à merveille à l’horticulture et à la viticulture, le principal cépage blanc étant le chasselas (Gutedel), le rouge le plus répandu le pinot noir (Spätburgunder). Sur la Route des vins de Bade – appréciée des randonneurs et des cyclistes – se trouvent de charmants villages viticoles tels que Müllheim, Heitersheim ou Schliengen. A Schliengen justement, on s’arrêtera à l’ancien relais de poste des Thurn und Taxis, où Roy Blankenhorn, en représentante de la cinquième génération, exploite le domaine viticole fondé par ses ancêtres en 1847. Charmante et loquace, incollable sur les vins de sa région, elle gratifie ses hôtes de maintes anecdotes d’une drôlerie irrésistible au cours de la dégustation.
Il y a trois ou quatre ans, lorsque la crise financière n’en finissait pas de déprimer les entrepreneurs, la vigneronne s’est résolue à lutter contre la morosité ambiante en créant l’«Optimiste», un vin moussant sec «composé de tout ce qui fait un bon vin». Ce petit chef-d’œuvre est complété par l’«Idéaliste» (Pinot Noir Barrique) et l’«Altruiste» (Pinot Blanc Chardonnay). Les créations de cette femme aussi résolue que sensible connaissent aujourd’hui un succès bien mérité, juste récompense du soin accordé à la qualité de ses produits.
Forages géothermiques
Avec son château-fort dominant le Schlossberg et visible à plusieurs kilomètres à la ronde, son centre médiéval classé site historique, ses petites boutiques proprettes et ses cafés pittoresques, la ville de Staufen invite à la flânerie. Le visiteur attentif qui s’y promène ne manquera pas d’observer les fissures parfois importantes qui défigurent les façades de 260 maisons, résultat de forages géothermiques hasardeux pratiqués à l’automne 2007. A l’époque, l’événement avait déclenché un écho médiatique planétaire et suscité moult inquiétudes.
C’est à Staufen, selon la légende, que vécut et œuvra le docteur Faust, et c’est ici qu’il mourut. «Tout homme qui marche peut s’égarer» est sans doute la citation la plus célèbre du magicien et alchimiste. Goethe lui consacra une tragédie; pour le reste, d’innombrables mythes et rumeurs entourent ce personnage mystérieux. Pour plonger au cœur de la légende, on peut réserver la chambre «Faust» à l’hôtel-restaurant «Löwen» à Staufen, dirigé par Edeltraud Pilz. Dans un tout autre registre, la ville est également le point de départ idéal pour des randonnées à travers les vastes vignobles ou dans la vallée de Münster, avec le Belchen comme arrière-fond. Une contrée qui regorge de surprises nichées au détour d’un sentier ou au coin d’une ruelle. Laissez-vous séduire.
La cheffe étoilée
Toute incursion dans le Markgräflerland devrait comprendre un séjour dans la vallée de Sulzbach, et ce pour plusieurs raisons. Sulzburg, le chef-lieu, compte parmi les plus anciennes villes minières d’Europe. L’église millénaire de l’ancien monastère de Saint-Cyriaque est un monument historique d’une valeur inestimable. Depuis une vingtaine d’années, Sulzburg s’est imposé comme un haut-lieu de la gastronomie, ce grâce à son sol particulièrement fertile et à ses forêts intactes: asperges et fraises au printemps, fruits et gibier en automne. Au «Hirschen», Douce Steiner, la plus jeune cheffe étoilée d’Allemagne, séduit ses hôtes par des créations admirables, si possible à base de produits du terroir. Des prestations qui lui ont valu la reconnaissance du Guide Michelin, qui lui a décerné une étoile. Sa cuisine inventive a trouvé de fervents admirateurs au-delà des frontières: ainsi, les quatre cinquièmes de sa clientèle viennent de Suisse.
Cette virtuose de la gastronomie, qui gère l’établissement en tandem avec son mari, ne cache pas son ambition de marcher sur les traces de son père, le talentueux cuisinier Hans-Paul Steiner, qui a décroché deux étoiles au Guide Michelin. Nos meilleurs vœux l’accompagnent!
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Voyages en Allemagne
Au Markgräflerland, ce sont les femmes qui donnent le ton: Rebecca Paul dirige un centre thermal...
... Douce Steiner est cheffe étoilée...
... et Roy Blankenhorn est vigneronne.
Calèche dans les ruelles étroites.
L’exploitation agricole Bohrerhof à Hartheim.

