Aventure au pied du Kilimandjaro
Troupeaux de zèbres et de gazelles, cortèges d’éléphants et félins aux aguets: autant de rencontres qui émaillent un safari dans la savane infinie du Kenya, blottie au pied du Kilimandjaro dans ce pays berceau de l’humanité.
Le petit bus au toit ouvrant surélevé cahote sur la piste de terre battue. De temps à autre, une secousse plus forte nous arrache les jumelles des yeux, auxquels elles sont constamment rivées afin de profiter du spectacle grandiose. Une couche épaisse de nuages masque la cime arrondie du Kilimandjaro, toit de l’Afrique, empêchant de discerner le cône toujours enneigé de cet ancien volcan culminant à près de 6000 mètres… Ce paysage fascine même les Africains qui n’ont quasiment pas d’autre occasion de voir la neige. Soudain Josiah, le guide, range son véhicule à côté d’un autre bus stationné en bordure de la plaine. Les touristes attendent impatiemment, à l’affût dans leur refuge du toit rehaussé. Le silence est total. Ils pointent leurs jumelles et d’énormes objectifs en direction des hautes herbes. A l’oeil nu, on n’entrevoit absolument rien, exceptés quelques arbustes et un bosquet d’arbrisseaux à l’arrière plan. Il n’y a pas trace de vie. Après un instant d’observation, Josiah murmure, excité: «Ceetah, ceetah!», un mot qui, dans toute l’Afrique, signifie: guépard. Il pointe du doigt un endroit précis. Les zooms et les jumelles convergent rapidement vers le point indiqué. Grâce aux lentilles, on aperçoit quelque chose: à environ 150 ou 200 mètres, tapi dans l’herbe, se cache le prédateur, parfaitement camouflé par sa fourrure tachetée. Seules dépassent les oreilles et la queue qui bouge nerveusement pour chasser les mouches. Le félin traque des gazelles. Une fois à leur portée, il bondira… et la loi féroce de la savane s’accomplira. C’est la seule règle en vigueur dans le parc national d’Amboseli, au Kenya.
Loin du zoo
En contemplant cette scène et le paysage qui lui sert de toile de fond, on se découvre à penser que s’il est vrai que l’être humain a vu le jour il y a des millions d’années dans les vastes plateaux du Kenya, alors le paradis sur terre se trouvait ici. L’essence même du safari photo est liée à cette immersion totale à la source du monde. Elle naît de la rencontre fortuite avec les animaux sauvages, sans le filtre d’un enclos. Lors d’un safari au Kenya, nul ne sait à l’avance combien et quels animaux on aura la chance d’apercevoir. Et si on ne rencontre que quelques gazelles et aucun lion de la journée, il est inutile de s’en prendre au guide qui ne peut nullement s’écarter des pistes. Mieux vaut se souvenir que l’on peut rapidement passer du statut de «chasseur» à celui de proie. Ici, foin d’animaux de cirque: même les sympathiques babouins peuvent se montrer agressifs.
Or vert
Après le repas, on se réfugie dans les tentes du camp improvisé désormais immergé dans l’obscurité. Dehors résonne la musique de la nuit africaine, un concert d’insectes interrompu de temps à autre par les lamentations, au loin, d’une hyène affamée. Allongés sur des lits enveloppés dans des moustiquaires, à la lumière des bougies, de nombreux «chasseurs d’images» lisent «Les vertes collines d’Afrique», un classique Ernst Hemingway. Des histoires de safaris d’antan, lorsque les participants passaient des semaines à arpenter la savane kenyane à la chasse aux trophées. Aujourd’hui, la chasse sportive est strictement prohibée au Kenya. Depuis des décennies, ce pays se trouve au front dans la défense de la faune sauvage. Il possède 51 parcs et réserves naturelles qui occupent une surface totale équivalant pratiquement à celle de la Suisse. Enfin, toute la population kenyane – dont les fiers Massaï constamment à la recherche de pâturages pour leurs vaches – a compris qu’une nature préservée constitue un capital économique précieux. Et tous reconnaissent la valeur de cet «or vert» qui assure la venue constante des touristes.
Lions à l’ombre
Le lendemain, nous repartons vers le parc national de Tsavo. Cette gigantesque réserve naturelle de 20000 km2 est traversée d’est en ouest par la route reliant le port de Mombasa à Nairobi. Et à nouveau, le long trajet se transforme en un spectacle captivant. La plaine est prise d’assaut par des troupeaux de gazelles et d’antilopes, occupées à brouter paisiblement l’herbe en compagnie de quelques zèbres et autres buffles. Au détour d’un bosquet d’acacias apparaissent de sympathiques girafes. Et puis, c’est la divine surprise: un groupe de lions réfugiés à l’ombre d’un arbre se laisse photographier sans paraître le moins du monde incommodés. Entre-temps, le vent a soufflé les nuages au loin, faisant apparaître le sommet enneigé du Kilimandjaro au pied duquel défilent des éléphants.
Le voyage a été organisé par Private Safaris, spécialiste de l’Afrique orientale. Galerie de photos disponible à l’adresse internet: www.touring.ch
Bon à savoir
Offres de voyage
Une girafe guigne à travers les branches des acacias.
Troupeau de zèbres dans le parc de Tsavo Ouest.
De jeunes lions se reposent après la chasse nocturne.
Les minibus typiques au toit réhaussable utilisés pour les safaris.

