La fièvre de l’or version australienne
Dans les villes d’orpailleurs de l’état de Victoria, en Australie, les visiteurs remontent le cours du temps jusqu’au milieu du 19e siècle, à l’époque de la ruée vers l’or. Avec un peu de chance, ils dénicheront même une pépite.
Des soldats patrouillent à cheval dans la rue principale, des dames élégantes arborant jupes longues et chapeaux à large bord descendent de la malle-poste, tandis que de solides gaillards barbus lavent les paillettes d’or au bord du fleuve et qu’un monsieur distingué coiffé d’un haut-de-forme tient un discours enflammé. Nous sommes en plein 19e siècle, à l’époque de la ruée vers l’or au Sovereign Hill, dans le sud-est de l’Australie. Située à l’emplacement des anciens champs aurifères de Ballarat, cette petite localité fidèlement reconstituée fait revivre les années 1851 à 1855, lorsque des milliers d’aventuriers affluèrent dans l’espoir de faire fortune. Ici, les tentes et les huttes rudimentaires des orpailleurs, les galeries, les équipements d’extraction, les pompes et les moulins; là, les magasins, les ateliers, les saloons et les bâtiments publics - le tout animé par des «habitants» en costumes d’époque. Des activités sont proposées dans chaque maison et les visiteurs peuvent mettre la main à la pâte. La malleposte invite à un tour de ville, le propriétaire de la mine emmène les curieux pour une visite guidée des galeries, le pharmacien confectionne ses pilules, le «Ballarat Times» imprime des tracts à tour de bras et, dans l’atelier du photographe, les touristes peuvent se faire tirer le portrait en costume d’époque. Pour calmer la faim, la boulangerie vend des spécialités au feu de bois et, au United States Hotel, on sert des plats traditionnels.
Hôtels de style
Les logements élégants sont légion. Le Sovereign Hill Lodge propose des chambres confortables réparties dans plusieurs bâtiments historiques. L’espace de quelques jours, les enfants peuvent goûter à la vie telle qu’elle était en 1851, une expérience comprenant logement, vêtements et école. On peut même s’essayer au lavage de l’or. Si on ne trouve plus de pépites géantes, comme le morceau de 62,85 kg découvert en 1854, on n’a plus à redouter les bagarres et les coups de feu. Ces aléas quotidiens du passé font de nos jours partie du programme d’animation de ce musée vivant. On peut même revivre le soulèvement des mineurs contre le gouvernement: chaque soir, un spectacle son et lumière met en scène ces événements sanglants. Dans la vraie ville de Ballarat, les demeures seigneuriales et les larges boulevards témoignent de la prospérité d’antan. A une heure de voiture, Bendigo vaut également le détour. Il y a 150 ans, cette localité fut elle aussi submergée par la ruée vers l’or. Ses champs aurifères comptaient parmi les plus riches du monde et les 5600 mines de la région ont produit pas moins de 700 tonnes d’or. Au fil du temps, l’extraction du métal précieux exigeait néanmoins des puits toujours plus profonds et des galeries toujours plus longues, et finit par ne plus être rentable. La seule mine encore exploitée de nos jours se trouve à une profondeur de 1300 m. «Un travail extrêmement pénible », souligne Georg Hein, Suisse immigré en Australie qui guide les touristes à travers la Central Deborah Gold Mine, abandonnée en 1954.
Travail ingrat
Les visiteurs qui, équipés d’un survêtement, de bottes, d’un casque et d’une lampe, pénètrent dans les galeries étroites et humides où règne le bruit assourdissant des machines, en prennent vite la mesure. Les ouvriers eux-mêmes ne s’enrichissaient pas, même si beaucoup d’entre eux parvenaient à dissimuler parfois une pépite dans leurs vêtements. La fortune souriait en revanche aux propriétaires des mines, aux banquiers et aux aubergistes, comme en témoignent les riches demeures au centre ville. A la fin du 19e siècle, Bendigo était un petit Londres. L’hôtel de ville, le Capital Theater, le bureau de poste, le palais de justice, le musée d’art, l’hôtel Shamrock et d’autres vestiges de l’âge d’or peuvent être admirés lors d’un tour de ville à bord du Vintage Talking Tram. Les façades imposantes témoignent de la prospérité d’autrefois.
Walhalla, ville fantôme
Sise dans les Alpes victoriennes, Walhalla comptait jadis dix hôtels, trois brasseries et sept églises. Et dans la mine de Cohen’s Reef, profondément enfouie, plus de 75 tonnes d’or furent extraites. En 1911, les mines ont été fermées et les maisons en bois emmenées à bord du train fraîchement inauguré. Des splendeurs d’antan ne subsistent plus que des ruines recouvertes de mousse, des pierres tombales érodées et la Long Tunnel Extended Gold Mine ouverte au public, de même que le chemin de fer à voie étroite restauré et quelques bâtiments rénovés, dont le charmant Star Hotel. En dépit de son isolement au fin fond d’une vallée sauvage, Walhalla est devenu un but d’excursion prisé, surtout pour les orpailleurs du dimanche qui s’y rendent armés de pioches, pelles et autres détecteurs de métal. Car la région recèlerait encore des tonnes d’or. Le tout est de s’armer de patience, d’arpenter minutieusement le terrain et de croire à ses rêves de richesse.
Texte: Christa Arnet / Images: Arnetpress
Bon à savoir
Infos de voyage
Sovereign Hill
Chemin de fer à voie étroite
Visite des mines avec Georg Hein

